L’action comme berceuse
Je ne sais pas vous, mais j’ai tendance à m’endormir systématiquement devant les scènes d’actions. Ces films sont pourtant là pour nous tenir éveillés au maximum. Ils promettent ce Graal de l’époque moderne : pouvoir déconnecter quelques minutes de toutes les injonctions que l’on subit. Et pourtant, sur moi, ça ne marche pas : dès qu’un film commence à enchaîner les courses poursuites ou les scènes de combats, que la caméra commence à bouger dans tous les sens, je n’arrive pas à tenir. Mon cerveau part ailleurs et vu que je ne dors pas assez, paf, mes yeux se ferment.
Si je regarde de plus près je me rends compte que ce n’est pas réellement l’action qui m’endort. Un film comme John Wick (1er du nom) peut me tenir en haleine tout du long. Et ce n’est pas uniquement dû à la présence du plus charismatique des acteurs. D’ailleurs John Wick 2 m’a plutôt ennuyé. D’où vient cette différence entre les Wick ? Dans les deux cas nous avons un mec qui court après d’autres mecs pour leur faire mal. Mais dans le premier les affrontements sont une conséquence de l’histoire. En réalité, nous suivons quelqu’un qui veut faire son deuil, qui se bat (littéralement) pour ça. Ça le met dans des situations humaines, avec de la fragilité et des doutes. En revanche dans sa suite, l’histoire n’est plus qu’une excuse pour la baston. Pour moi Wick n’est alors plus qu’un supermec, badass, trop parfait, inébranlable et ça m’épuise.
Tout compte fait, mon problème est moins l’action en elle-même que le fait qu’elle remplace l’histoire. Dans Last Action Hero, film d’action s’il en est, elle ne me dérange pas puisqu’elle est là pour servir l’hommage au cinéma et la parodie, elle n’est pas gratuite. Pour moi, si un personnage est violent car sa caractérisation est violente, c’est tout bon. Si le personnage est violent juste pour nous montrer cette violence, je ne vois pas la plus-value. Pour que ça me touche il faut que cette brutalité serve un propos.
C’est un peu comme certains pornos des années 70 : les scènes de sexe pourtant censées être le cœur du film sont souvent les moments les moins captivants. Ces films peuvent toutefois avoir des choses à dire au-delà de ces scènes, transmettre des émotions, une esthétique, un discours. Comme les films d’actions, ils ne me semblent intéressants que lorsqu’ils se détachent de leur genre.
Dans les films qui m’endorment on nous propose surtout une construction de base : baston, course poursuite, histoire prétexte, baston et on recommence. C’est un boss rush sans la manette en main. Ce qui m’amène à penser que les films d’action les plus intéressants sont ceux qui utilisent le spectaculaire comme une partie intégrante de la narration, une caractéristique d’un moment et non comme un exutoire. La violence a un intérêt lorsqu’elle n’existe pas uniquement pour elle-même.
Le schéma stéréotypé de ces films entraîne chez moi, de manière mécanique, une perte d’intérêt. À quoi bon voir ce film plutôt que celui-là s’il signifie la même chose ? Ce qui me dérange ce n’est pas le trop plein de tension, d’énervement ou d’adrénaline. Non, ce qui me manque c’est que tout ceci soit chargé d’émotions. Que ça dise quelque chose du spectateur ou de la spectatrice.
En fait, je ne m’endors pas à cause de l’action en elle-même. C’est quand elle manque de direction et qu’elle m’assomme de stimuli qu’elle me fait décrocher. Peut-être que je ne suis pas le bon public pour ça. C’est un peu fatiguant : je ne peux pas regarder tranquillement un film qui n’éprouve pas le besoin de dire quelque chose. D’un autre côté, vu que j’ai besoin de dormir, ce n’est peut-être pas si mal que ça.



